|
LE BONHEUR RETROUVE
Par Gladys Gailliard Patrick marche lentement, tout doucement, ses pieds s’enfoncent dans la neige fraîchement tombée. Encore quelques centaines de mètres et il sera arrivé en vue de la propriété. Depuis combien d’années n’est-il pas revenu au domaine viticole familial ? Huit ans, dix ans, il ne sait plus, il ne compte plus. Il a peur, comment Edouard va-t-il le recevoir ? Et Juliette est-elle encore mariée à son frère ? Pendant toutes ces années pas une lettre, pas un télégramme, si ce n’est un faire-part de mariage. Pourquoi ? Toutes ces questions trottent dans sa tête, le distraient de sa marche périlleuse, lui font perdre plus d’une fois l’équilibre. Il se redresse, emprunte un chemin de traverse. Il sait qu’au bout il ne pourra plus faire demi-tour. Soudain il entend une voix derrière lui : - Patrick, c’est bien toi ? Mon Dieu, mais quand es-tu arrivé ? Et qu’est-ce qui a bien pu te pousser à revenir ? Eh bien ! si je m’attendais à te revoir. Patrick se retourne et regarde, étonné, la femme devant lui. Il semble ne pas la reconnaître, du moins il n’en est pas sûr. - Juliette ! c’est bien toi ? - Oui Patrick, c’est moi Juliette, ta belle-sœur, je ne suis pas un fantôme. Mais embrasse moi au moins, fit-elle en le serrant dans ses bras, cela fait si longtemps… Tu dois être fatigué, viens entrons. - Merci. Moi aussi je suis heureux de te revoir. Comment va Edouard ? - Il va bien. Entre te réchauffer, il fait froid aujourd’hui… Après avoir pris possession de son ancienne chambre, Patrick part inspecter « son château». Rien n’a changé. De nombreux travaux à effectuer bien sûr, les années endommagent beaucoup les vieilles pierres. Mais que de souvenirs tout au long de ces couloirs sans fin. Ici il s’amusait à effrayer Melle Duchemin, la gouvernante. On entendait crier cette vieille pimbêche acariâtre à cent lieux à la ronde. Là il se souvient avoir embrassé pour la première fois sa jeune cousine Sylvia. Il était aussi troublé qu’elle, mais elle n’avait rien dit à l’époque. Qu’était-elle devenue ? Il erre dans l’immense bâtisse encore quelques temps puis il entend une cloche tinter. « Ce doit être la cloche du dîner, pense-t-il. Il faut que je me dépêche ». Effectivement le repas du soir est prêt. Quand il arrive à la salle à manger la table est dressée de trois couverts. Une table bien ordinaire, se dit-il, n’ayant rien à voir avec celles que sa mère préparait quand il y avait du monde à la maison. Ce n’est pas si vieux, mais tout lui semble tellement loin déjà. Edouard et Juliette sont assis chacun à un bout de table. Patrick s'installe et commence à manger. Il sait qu’il ne faut pas déranger son frère pendant le repas. Les explications viendront bien assez tôt… - Douze ans le mois prochain que tu es parti sans un mot, juste une adresse à Marseille où te joindre « au cas où » comme tu disais. Comme entrée en matière il aurait pu rêver mieux de la part de son frère. A qui la faute s’il n’avait donné aucune nouvelles pendant ces longues années. Pas un seul jour sans penser à cette famille laissée derrière lui, pas une seule nuit sans qu’un cauchemar ne vienne noircir son sommeil. Mais comment expliquer ? Et comprendraient-ils au moins ? - C’est vrai, je suis parti comme un voleur, mais pas sans bonne raison et au bout de tout ce temps, je suis revenu pour avoir une explication avec vous. Avec toi, Edouard, si tu veux bien. - J’y compte, dit ce dernier d’un ton sec, mais pas ce soir, je suis éreinté et j’aimerais me reposer calmement. Demain matin je pars de bonne heure, mais pendant le déjeuner nous pourrons parler. Je monte. Bonne nuit. Patrick et Juliette sont troublés mais pas étonnés par le ton qu’il a employé. Ils connaissent tous deux le sale caractère qu’il possède et qui le fait craindre dans presque toute la vallée. Patrick regarde sa belle sœur d’un œil perplexe, surpris qu’elle ne monte pas se coucher en même temps que son mari. Elle comprend aussitôt son interrogation muette. - Il y a longtemps que nous faisons chambre à part, explique-t-elle. Notre mariage n’a été qu’un arrangement entre nos parents respectifs. Pas d’amour entre nous, juste une grande amitié, celle qui nous liait quand nous étions jeunes, quand nous jouions tous les trois dans les bois alentours. Tu te souviens ? Oui, il se souvient. A 40 ans il a encore la nostalgie de ce temps passé, de cette jeunesse insouciante où la vie est belle et où l’on croit aux Amours éternelles. Il se revoit 30 ans en arrière, courant après cette petite fille aux tresses blondes, cachée derrière les grands arbres qui leur faisaient tellement peur à la nuit tombée. Et son frère qui se moquait de lui, le traitant de trouillard, de poltron, de bébé… Juliette le fait revenir sur terre. - Va te coucher Patrick, demain sera une journée très éprouvante pour toi. Elle l’embrasse sur la joue et monte au second étage, là où se trouve sa chambre. Resté seul, il se sert un alcool fort et laisse de nouveau ses pensées vagabonder. Les premières années, celles de l’école primaire, passèrent comme dans un rêve. Ils étaient toujours à trois, Edouard, Juliette et lui, à partir en randonnée, le jeudi après midi, à faire les devoirs ensemble, à se raconter des histoires de grands. Grands, ils le deviendraient un jour et il paraissait évident pour chacun des deux frères, le moment venu, d’épouser Juliette. Déjà à cette époque une rivalité les opposait, ce qui faisait bien rire leur mère mais inquiétait la petite fille qui se voyait l’enjeu d’une discorde entre eux. Puis Edouard, un peu plus âgé, était parti collégien à la ville. Le père avait décidé qu’il poursuivrait ses études pour reprendre le domaine par la suite. Pour Patrick et son amie le temps continuait à couler, tranquille. Seule ombre au tableau, il faudrait qu’un jour eux aussi partent et ils seraient immanquablement séparés. - Si j’avais su à l’époque, dit Patrick pour lui-même, jamais je ne serais parti, j’aurais dû tenir tête au père et ne pas accepter d’aller si loin, dans cette école. J’y ai perdu non seulement les plus belles années de ma vie, mais aussi la femme que j’aimais. C’est comme si j’avais dormi pendant des années et que je m’étais réveillé à 21 ans. Un deuxième verre et il replonge dans ses pensées. 21 ans, la fin des études, un diplôme d’architecte décroché de justesse et un travail qui l’attendait. Il y avait de l’occupation au domaine, mais d’après Edouard pas assez pour eux deux. Se sentant exclu il avait préféré partir à la ville. Il s’était fait sa vie bien à lui, avec un travail prenant, de rares distractions et quelques petites amies qui ne lui avaient jamais fait oublier Juliette. Puis un jour le téléphone a sonné. Sa mère en pleurs lui annonça le décès du père. Après l’enterrement on a ouvert le testament. Le domaine était partagé à parts égales entre les deux frères. A eux de s’entendre pour faire tourner l’exploitation. Leur mère conservait les biens faisant partie de sa dot, ainsi que la maison qu’elle habitait avec son mari depuis qu’ils avaient pris leur retraite, ainsi que l’appartement sur la Côte d’Azur. Bien sûr il n’y connaissait rien dans la gestion du domaine et franchement, quitter la ville et tout ce qu’il s’y était construit ne l’enchantait guère. - Pourquoi ai-je accepté la proposition de mon frère ? marmonna–t-il entre ses dents, jamais je n’aurais dû lui vendre ma moitié d’héritage. Bien entendu je n’ai vu au début que la tranquillité d’esprit, quant au domaine qui était en de bonnes mains et cette somme considérable que j’allais toucher et qui me permettrait de réaliser mon rêve : acheter une maison avec un jardin à la campagne, proche toutefois de mon travail. Pourquoi avoir tout gâché pour une chimère ? Si je pouvais revenir en arrière, au moment où Edouard m’a fait cette sotte proposition… A l’époque je ne pouvais imaginer que tout cela ne fut que vile machination de sa part pour m’empêcher d’épouser Juliette. Il se sert un nouvel alcool et à nouveau le rêve le reprend. Bien sûr, il ne voyait qu’un côté des choses. Celui qu’il pensait être le meilleur, mais il aurait dû faire le tour du problème et penser à tout ce qu’il abandonnait en signant les documents chez le notaire. A partir de ce moment il n’avait plus son avis à donner sur quoi que ce soit. Dès le début Edouard a su le lui faire sentir et par la suite il ne manqua pas une occasion pour le lui rappeler. C’est le moment que choisit Juliette pour revenir enfin chez elle, ses études de droit terminées. Elle était fiancée à Bertrand, un médecin qu’elle avait rencontré au cours d’un voyage en Angleterre. Elle devait reprendre le cabinet d’avocat de son père. Un samedi Patrick alla lui rendre visite à son bureau et lui parla de ses doutes sur les manigances de son frère, mais jamais elle ne l’a pris au sérieux. Pour elle, rien ne justifiait les craintes qu’il avait. Il décida donc de continuer sa petite vie tranquille. Il recevait parfois des nouvelles du domaine, surtout par sa mère, mais les rapports qu’il entretenait avec son frère étaient glacials. La mère désespérait de voir un jour les deux frères réconciliés. Juliette s’était mariée à son toubib et habitait une grande et belle maison près de Montpellier. Bref il était de plus en plus seul, célibataire endurci et sans réels amis… La fatigue le surprend. Il n’arrive même plus à coordonner ses pensées. Il vaut mieux qu’il monte, demain sera un autre jour qui apportera aussi son lot de contrariétés. Le lendemain matin quand Patrick se réveille il fait grand jour et un pâle soleil d’hiver baigne sa chambre de ses rayons blancs. Il est presque 10 h et il a honte d’une telle paresse. Cela ne lui ressemble pas. Il se lève d’un bond, court vers la salle de bain et après une bonne douche ressort débarrassé de ce malaise qui guette les personnes qui boivent un peu trop et qu’il connaît si bien. Après un rapide café noir il va faire un tour sur le domaine. Il retrouve les paysages qu’il n’a jamais oubliés et il en est heureux. Il se sent bien. Il marche longtemps et voudrait tout oublier. - Tiens, voilà la cloche, dit-il soudain, le repas est prêt et avec lui arrive le moment des explications, moment fatidique où chacun devra mettre la vérité sur la table. Il rentre, son frère et Juliette sont déjà installés. Ils prennent le repas en silence, chacun épiant les deux autres. Où est notre belle complicité d’avant ? pense Juliette. Après un dernier verre de vin Edouard ouvre les hostilités. - Allons-y Patrick, je t’écoute. Dis-nous ce que tu as sur le cœur. Donne-nous les raisons de ton silence et demande-nous ce que tu veux savoir. - Avant toute chose, j’aimerais connaître ce qu’est devenu ton mari, Juliette. Enfin je veux dire ton premier mari, le docteur. - Bertrand est parti s’installer en Afrique, son rêve était d’ouvrir une antenne médicale en pleine brousse, je n’ai jamais compris pourquoi d’ailleurs. Maintenant c’est fait, mais je lui ai donné à choisir entre ses indigènes et moi. Il a choisit. Puis j’ai épousé ton frère. J’avais peur de vieillir seule, a-t-elle ajouté plus faiblement. - Je comprends. Maintenant si vous le permettez je vais me resservir un verre, histoire de me donner du courage. Il s’exécute en tremblant. Voilà, le moment tant redouté est arrivé. Il est honnête et ne se défilera pas, mais que c’est dur d’avouer qu’on a perdu, surtout à sa famille. Il boit lentement comme pour retarder l’inévitable et cela exaspère Edouard qui commence à s’énerver dans son fauteuil. - Alors tu commences ou quoi ! Je n’ai pas non plus tout l’après-midi. - Edouard, intervient Juliette, laisse le s’il te plait, il doit faire un énorme effort. - Voilà, j’y suis. Excusez moi. Je commence mais ne m’interrompez pas, je vous prie. Il s’assoit dans un fauteuil face à son frère et commence : - A la mort de papa, vous savez que je suis reparti chez moi avec un chèque entre les mains. Ce chèque tombait bien, puisque je voulais m’acheter une maison et la meubler à ma façon. Bref, j’aspirais enfin à me sentir chez moi. Quelques semaines plus tard, j’avais trouvé la maison, commencé les travaux et je courrais tous les marchands de meubles le soir après mon travail. Tout allait bien, j’étais presque heureux. Tout alla très vite et six mois plus tard j’étais installé dans mon nouveau logement. Il manquait à mon bonheur une femme et deux ou trois enfants… Il fit une pause, respira profondément et continua tout doucement : Puis un jour j’ai perdu mon travail. Eh oui, l’entreprise qui m’employait a dû faire un dépôt de bilan et licencier tous les employés. Comment vous décrire le désarroi dans lequel je me suis retrouvé ? J’avais beau avoir une belle maison et des meubles de qualité si je n’avais plus de travail, l’oisiveté me gagnerait très vite. Je vous passe les détails des mois qui suivirent… Un jour j’ai rencontré Estelle. C’était une belle fille, jeune et séduisante et un peu paumée. Je crois que c’est ce qui m’a décidé à l’aider. Je l’ai installée chez moi, lui ai donné tout ce dont elle rêvait. Cette nouvelle vie occupait mes journées et je ne pensais même plus à chercher du travail et… - Mais tu es inconscient, coupe Edouard. Tu rencontres une fille que tu ne connais pas et, sous prétexte qu’elle semble quelque peu égarée, tu lui offres tout ce que tu possèdes, sans aucune arrière pensée. Rien n’a pu te mettre à l’esprit qu’elle pouvait être habitée par de mauvais sentiments. - Si Edouard, mais j’étais seul et sa compagnie me redonnait le moral. Je me sentais enfin utile à quelqu’un. - Je comprends ce que tu devais ressentir à ce moment là, approuva Juliette, moi aussi j’étais déprimée quand Bertrand est parti et que je me suis retrouvée seule. Continue s’il te plait. - La vie s’écoulait toute simple. Je ne faisais rien de mes journées, Estelle non plus d’ailleurs. Mais mon compte en banque devenait de plus en plus mince, et un jour tout a basculé. Estelle est tombée malade, très malade et il a fallu partir aux Etats-Unis l’opérer en urgence. Tout allait bien, mais une rechute, une nouvelle opération, le cœur qui lâche et Estelle qui me laisse seul. De nouveau seul. Puis le retour en France, l’enterrement. Je n’avais plus rien ; plus de femme, une maison en vente, presque plus d’argent, le voyage et les opérations avaient coûté une petite fortune. J’étais descendu bien bas. Je me consolais dans la boisson, aidé dans ma déchéance par des copains rencontrés au hasard de mes tournées de bars… - Mais pourquoi n’es-tu pas revenu ici plus tôt ? intervint son frère. Nous aurions pu t’aider à t’en sortir. - J’avais honte de moi. Jamais je n’aurais osé me présenter devant vous deux dans l’état où j’étais. Puis j’ai eu cet accident de la circulation qui m’a immobilisé à l’hôpital plusieurs semaines. Une cure de désintoxication forcée en quelque sorte. Ensuite la rééducation , ce qui m’a redonné confiance en moi et m’a permis de voir le bout du tunnel. Maintenant je bois encore occasionnellement, mais j’ai appris à m’arrêter à temps. J’espère ne pas replonger, mais un petit verre de temps à autre me donne la force de tenir. Voilà, vous savez tout. Je n’ai pas retrouvé de travail et c’est pour çà que je suis là aujourd’hui. J’ai du mettre mon orgueil au fond de ma poche, un mouchoir dessus et ça n’a pas été facile, croyez moi. Je ne vous demande pas grand chose, juste un travail qui me procurera de quoi me remettre sur pieds financièrement et après je repartirais. Il y a bien un cabinet si petit soit-il qui acceptera de m’embaucher. Mais je vous demande de ne pas raconter tout cela à maman. Je lui ai passé un coup de fil de temps en temps, mais elle ne sait rien de mes déboires. - Ecoute, il ne sera pas dit que j’aurai laissé ma famille dans le besoin, dit Edouard. Tu peux t’installer ici le temps que tu veux et je te donnerai un travail. Quant à notre mère, elle ne sait peut-être rien mais il y a longtemps qu’elle ne se fait plus d’illusion sur ton compte. Bien, maintenant excusez-moi mais je dois aller travailler. Patrick je te laisse l’après-midi libre et demain matin tu commenceras le boulot. Il sort sans un regard pour son frère ni pour son épouse, se demandant s’il faisait bien de prendre Patrick avec lui, mais pouvait-il réellement faire autrement ? Et la vie reprend, un peu plus calme, plus gaie aussi, après quelques jours d’adaptation pendant lesquels il a fallu réapprendre à vivre à trois. Patrick voit souvent sa mère, heureuse de constater que son « petit » renoue peu à peu avec une vie normale, en famille. Elle a deviné qu’il avait eu des problèmes mais sans jamais en parler. Nous sommes début décembre. Presque un an que Patrick est revenu au domaine, Edouard est parti livrer un gros détaillant de la région. La famille l’attend pour le repas du soir. La mère est là, elle aussi, car on fête ses 80 ans ce jour même. 20 h, Edouard n’est toujours pas rentré. 21 h, ça commence à sembler long. 22 h, n’y tenant plus Juliette téléphone à l’hôpital où on lui confirme qu’il y a bien eu un accident sur la route nationale. Un blessé grave, mais comme il n’avait aucun papier sur lui on n’a pas encore pu l’identifier… Tout se passe très vite. Arrivée à l’hôpital, identification du blessé, admission en salle d’opération, le cœur qui lâche, etc, etc… Le médecin leur confirme qu’Edouard a eu un malaise cardiaque juste avant de perdre le contrôle de son véhicule. Patrick croit revivre la scène qui s’est déroulée aux Etats-Unis. Mais là c’est de son frère dont il s’agit. Tout le monde est anéanti. Puis la question se pose : que va-t-il advenir du domaine ? Suivent les funérailles durant lesquelles tous les curieux des environs présentent leurs amitiés, sincères ou non, à la famille endeuillée. Ensuite c’est le notaire qui les convoque pour la lecture du testament. Ils sont assis tous les trois devant l’homme de loi. La mère pleure à chaudes larmes son grand fils chéri, Juliette se désole d’être à nouveau seule, quant à Patrick, il se sent vide, froid, comme si tout son sang l’avait abandonné. Puis la lecture du testament est un vrai coup de théâtre. Tout revient à Patrick, l’exploitation, la maison, les dépendances, ainsi que les comptes en banque et les placements qu’Edouard a fait en son nom propre. Personne ne comprend. Pourquoi avoir déshérité Juliette ? Mais une clause vient tout expliquer. Une dernière phrase apposée au bas du document, par Edouard, d’une main tremblante : « Je sais que je suis malade du cœur et qu’il ne me reste que quelques mois, au mieux un an à vivre. Il est donc urgent que je prenne une décision quant à ma succession. Ce qui suit vous éclairera. Je lègue, comme ci-dessus mentionné, la totalité de mes biens à mon frère, à la seule et unique condition que dans un délai d’un an à compter de l’ouverture de mon testament il ait épousé Juliette. J’ai toujours su qu’il en était amoureux et que cet amour était partagé. Je leur souhaite tout le bonheur qu’ils méritent et dont je les ai privés par jalousie et par orgueil. Je leur demande pardon. » Juliette et sa belle-mère ont les yeux noyés de larmes ; Patrick, le souffle coupé, découvre avec étonnement que son frère l’aimait malgré tout. Les deux amoureux se regardent, sourient et leurs mains se joignent. Ils sont enfin réunis après s’être aimés pendant des années d’un amour platonique et inavoué. FIN |