|
L’AMOUR INTERDIT Par
Gladys Gailliard 18 h., heure locale. Ouf ! le voyage est terminé, pensais-je, toutes ces heures d’avion… mais nous voilà enfin arrivés. Je participais à un voyage organisé, gagné à un concours dans un hebdomadaire féminin. Les quatre autres gagnantes, relativement plus âgées que moi, étaient venues avec leurs conjoints. Dix jours de liberté et de dépaysement sur l’île de la Réunion, dans cette lointaine partie du monde, touristique et charmante, dit-on, et si agréable en ce début avril. Je ne connaissais de ce coin de France que ce que j’avais pu en lire dans les livres achetés à la librairie juste en bas de chez moi. St Denis, St-Pierre, le Piton des Neiges résonnaient de façon magique à mes oreilles. J’avais hâte de faire connaissance avec toute cette faune différente de la métropole par sa culture et son mode de vie. J’en avais rêvé pendant des semaines de ce circuit. Je nous voyais déjà, Jacques et moi, tendrement enlacés, arpenter les rues de la capitale et nous lancer dans une course endiablée dans les boutiques de souvenirs. Les voyages ont toujours fait partie de notre vie. Que de pays traversés, parfois juste pour le plaisir de remplir l’album photos. Malheureusement me voilà seule, Jacques, à la dernière minute, n’ayant pu m’accompagner : « Désolé Claire, j’ai un gros dossier à terminer, m’avait-il dit. Mais il ne faut pas te priver de cette magnifique occasion. Pars seule, je suis sûr que tu te feras des amis. » Il eut été en effet dommage que je me prive d’une telle aubaine, sachant pertinemment qu’autre chose que le travail le retenait à Paris : une jeune intérimaire de 18 ans, rencontrée dans l’agence de publicité qu’il dirigeait. Bref, ce voyage tombait à pic pour moi. Un changement d’air serait un bon dérivatif à ma nostalgie. Mon métier de coiffeuse m’occupait une bonne partie de la journée, mais les langues de vipères des clientes marchaient bon train et ces méchantes commères ne m’épargnaient pas. Donc je serai merveilleusement bien, seule, dix jours sur cette île lointaine. A peine sortis de l’aéroport du Gillot qu’un porteur se précipita sur nos bagages et nous conduisit vers l’autocar qui devait nous prendre tous en charge. Le voyage avait été mis au point dans les moindres détails. Nous n’avions qu’à nous laisser guider. Tout était organisé pour notre plus grand confort ; deux jours à Ste Clotilde pour visiter les environs et faire nos achats de souvenirs, ensuite un périple de cinq jours dans les endroits les plus pittoresques de l’île, deux jours à St Denis et retour vers Ste Clotilde où le séjour se terminerait par une fête organisée à notre attention. Nous étions heureux d’être enfin là. La fatigue du voyage commençait à se faire sentir, mais le paysage était tellement beau, le ciel d’un bleu profond et la mer émeraude que nous ne pensions même pas à nous plaindre. Nous voulions profiter au maximum de cette vue idyllique, alors au diable les jambes ankylosées et les reins cassés. Le trajet jusque Ste-Clotilde nous parut relativement court et l’accueil qui nous fut réservé à l’hôtel était des plus chaleureux. On m’avait bien vanté la gentillesse naturelle des autochtones mais elle est bien réelle. Après un rapide rafraîchissement pris en commun nous gagnâmes notre chambre. J’avais une vue imprenable sur la luxuriante végétation des alentours, une chambre bien équipée avec salle de bain et toilettes individuels, climatisation et même un réfrigérateur plein de toutes ces boissons accueillantes faites pour attirer les touristes et surtout leurs porte monnaie. Après avoir défait mes bagages, je m’accordais une petite sieste avant le repas. La vue du lit double me fit repenser à l’infidélité de mon fiancé. Les évènements des dernières heures avaient quelque peu pris le dessus et je sentis la nostalgie m’envahir de nouveau. « Qu’a-t-elle de plus que moi cette fille ? pensais-je. Sa jeunesse voilà tout. Leur liaison ne sera qu’une passade. Bien vite elle réalisera les problèmes que posera une relation avec un homme de 10 ans son aîné. Alors, il sera bien aise de revenir auprès de moi. Peut-être ces quelques jours de séparation seront-ils bénéfiques pour notre couple ? » J’étais pourtant heureuse avec Jacques depuis trois ans que nous vivions ensemble. Je secouai la tête pour chasser ces mauvaises idées. Une bonne douche et un livre sur les sites que nous allions visiter viendraient tout effacer. Effectivement après une bonne nuit réparatrice j’avais retrouvé mon sourire. C’est en fin de matinée, après la visite d’une exploitation de canne à sucre, que ma solitude s’imposa à moi. Je n’avais personne avec qui discuter. Et pourtant j’avais beaucoup de sensations à faire partager. Peut-être plus par dépit que par solitude je me rapprochais de notre guide Stéphane, un jeune réunionnais de 27 ans, très sympathique et au demeurant extrêmement mignon. Grand, à l’allure athlétique, on voyait au premier coup d’œil qu’il était rompu à tous les sports offerts sur l’île. Il travaillait pour le syndicat d’initiative rattaché à l’hôtel et j’appris en discutant avec lui qu’il devait subvenir aux études de Bertrand, son jeune frère de 19 ans, leurs parents étant tous deux disparus dans un accident de la circulation trois ans plus tôt. Cela me faisais beaucoup de bien de parler. En quelques heures nous avions sympathisé et je lui racontais mon travail, Jacques et son infidélité. Il fut désolé pour moi. Nous passâmes le reste de l’après-midi ensemble et le soir nous étions devenus amis. L’hôtel nous avait organisé une soirée détente avec un orchestre du coin. Le punch eut beaucoup de succès, ainsi que les danses locales, mais quand il fallut donner un aperçu de notre talent ce fut une autre affaire… Heureusement j’avais mon professeur personnel en la personne de Stéphane, qui, je crois, commençait un peu à m’apprécier. La soirée se termina pour tous dans la joie et la bonne humeur. La douceur du soir et le punch aidant, Stéphane osa me proposer une promenade sur la plage. - Regardez Claire comme la mer est magnifique à cette heure ; les lumières dansent sur les vagues. C’est le moment de la journée que je préfère, tout est calme et nous avons la plage pour nous seuls. Nous marchions main dans la main, doucement, sans parler pour ne pas casser la douce ambiance qui régnait. Et nous avons marché longtemps, heureux d’être ensemble. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin il fallut rentrer. Arrivés à ma chambre je voulus l’embrasser mais il me repoussa doucement mais fermement. - Non Claire, s’il vous plait ne gâchez pas une si belle journée. Je suis votre ami et je tiens à le rester. N’oubliez pas Jacques, tout peut encore s’arranger entre vous. Je ressens une grande attirance envers vous et en temps ordinaire je n’hésiterais pas une minute, mais non, c’est mieux ainsi, ne m’en veuillez pas. - Excusez-moi Stéphane, vous avez raison je ne sais pas ce qui m’a pris, mais je me sens tellement seule en ce moment. - Ce n’est rien, je comprends. Bonne nuit et à demain matin 7 h. N’oubliez pas votre maillot de bain, je vous emmène tous déjeuner dans une petite crique qui n’est accessible que par bateau. Je ne vous dis que ça. N’oubliez pas non plus votre caméscope. Allez, dormez bien. - Merci, à demain Stéphane. Je le quittais à regrets et j’eus beaucoup de mal à m’endormir. C’était toujours son visage que je voyais. Je crois bien que j’avais un petit faible pour lui. « Tu es bête ma fille, me sermonnai-je, tu es amoureuse de Jacques et d’ailleurs qu’est-ce qu’un garçon comme Stéphane pourrait t’apporter. Tu ne le connais pas, alors cesse ces enfantillages. » Et je m’endormis bien décidée à rester indifférente aux beaux yeux noirs qui me regardaient toujours en souriant. Le lendemain la journée fut magnifique. La promenade en bateau sur une mer d’huile laissait présager une journée très chaude. L’eau était bleue, limpide et les fonds marins merveilleux et transparents. Certains de mes nouveaux amis firent de la plongée, mais je déclinais leur invitation, prétextant que je n’en avais jamais fait. En réalité j’avais une peur bleue de l’eau et je ne savais pas nager. Faire trempette jusqu’à la taille était déjà un exploit. Farniente et visite des environs furent mon occupation pour l’après-midi. Stéphane essaya de m’attirer au bord des vagues, mais je consentis juste un bain de pieds : - J’ai dû avoir trop chaud à marcher sur le sable, ce ne serait pas prudent d’aller me baigner, un accident est vite arrivé. - Dites plutôt que vous avez peur. Non ne vous défendez pas, je sais juger les gens aux premiers regards. Mais ne vous inquiétez pas je serai discret. - Merci Stéphane, j’ai tellement peur que l’on se moque de moi. Jacques, s’amuse toujours de ma phobie de l’eau. J’ai failli me noyer quand j’étais enfant, le courant m’entraînait au large et sans la présence d’esprit de mon père, nous ne serions pas en train de discuter en ce moment. - Je vous comprends, c’est une épreuve que l’on préfère oublier. Promis, je ne dirai rien, mais en échange acceptez mon invitation à dîner ce soir. J’ai un cousin qui est propriétaire d’un petit troquet, « La Cuisine Exotique », j’y ai toujours une table de prête, au cas où… Vous verrez il vous cuisinera des plats régionaux comme vous n’en mangerez nulle part ailleurs. - O.K. cela me fera très plaisir et viendra sceller notre secret. - Bien, maintenant allons rejoindre les autres, ils vont se demander ce que nous fabriquons. Effectivement, ils étaient tous inquiets pour moi : - Eh bien ! Claire, vous vous êtes perdue ? demanda ma voisine de chambre. Nous nous faisions du soucis. - C’est vrai, nous avions même pensé à un accident, continua son mari. Enfin vous êtes là et en pleine forme, c’est le principal. Que faisons-nous maintenant Stéphane, nous pourrions peut-être retourner à l’hôtel ? Il faut préparer nos affaires pour la randonnée qui commence demain et après le repas, dodo de bonne heure. Il nous faut être en forme pour le départ… à 6 h précises, ajouta-t-il, regardant ses camarades et en imitant Stéphane, qui se mit à rire de bon cœur. Tout le monde était excité à l’idée de partir à la découverte de l’île. - D’accord rentrons. Ce soir je ne mangerai pas avec vous et je vous enlève Claire. Je vais emmener notre jeune esseulée dans un restaurant typiquement réunionnais. - Ben dites donc, il y en a qui ont de la chance. Vous avez raison Stéphane, ça lui fera du bien à notre jeune amie d’aller se distraire avec quelqu’un de son âge. Le repas fut sublime. Les deux cousins ne savaient que faire pour me satisfaire. J’étais la reine de la soirée. - Merci Stéphane, lui dis-je après le repas, ça m’a fait énormément de bien. - Vous m’en voyez extrêmement ravi. Maintenant rentrons, il se fait déjà tard. Après une nuit paisible à rêver de sable blanc, d’eau bleue et de pins parasol, l’heure du départ arriva très vite. Nous reprîmes l’autocar et partîmes en direction de St-Benoît. Les chemins que nous empruntions étaient chaotiques, en contre partie notre guide était charmant avec tous et ne voulait qu’une chose, nous faire plaisir. Il nous fit visiter toute une série d’endroits invisibles de la grande route. Les appareils photos et autres caméscopes n’étaient pas au chômage. Nous avions effectué une bonne moitié du chemin et devions passer sur un petit pont enjambant la rivière du Mât. Notre chauffeur nous conseilla de descendre du bus et de passer à pieds, le pont n’étant pas très solide. Tout le monde s’exécuta de bon cœur, trouvant cela très drôle, bien qu’un peu dangereux. Mais aucun d’entre nous ne voulant gâcher la journée par une mauvaise humeur, nous traversâmes en riant et plaisantant sur une éventuelle chute dans le courant situé quelques mètres en dessous. Quand le bus fut passé nous reprîmes notre périple jusqu’à une petite auberge où on nous servit un déjeuner aussi copieux que succulent. - Vous allez bien Claire, me demanda Stéphane, vous paraissez bien gaie d’un seul coup. - C’est vrai. Je pense à Jacques que j’ai laissé à Paris à se démener entre son boulot et sa maîtresse. Et moi je suis là dans cet endroit féerique, en compagnie de gens sympathiques. Belle revanche. - Je suis content pour vous et pour moi bien sûr, car cette gaieté me permet de voir un magnifique sourire sur vos lèvres. Mais n’oubliez pas que vous n’en êtes pas moins encore fiancée, il ne faudrait pas que cette fièvre vous animant vous fasse oublier la réalité des choses. - N’ayez crainte, je garde les pieds sur terre et dès mon retour à Paris je suis décidée à avoir une explication avec Jacques. Il lui faudra choisir entre elle et moi. - Bien. Maintenant en avant. On repart, lança-t-il à l’attention des autres, nous n’avons pas terminé la journée. J’étais troublée par la manière dont il me rappelait souvent mes liens à Paris. Il semblait ne pas vouloir que je m’attache à lui. Pourquoi ? Etait-il pris de son côté ? Peut-être que je ne lui plaisais pas autant que je le croyais. Les cinq jours de prévus pour la visite de l’île passèrent à une rapidité folle. Nous aurions aimé tout visiter, mais il était impossible au chauffeur du car de nous conduire partout où nous voulions. Néanmoins nous avions vu le principal et avions emmagasiné dans la tête plein de souvenirs. Le lendemain de notre retour nous partîmes pour St-Denis. Nous parcourûmes toutes les petites rues et le shopping alla bon train. Puis Stéphane nous emmena dans un troquet où on ne servait que de la cuisine française, et je pus, en bonne fille du Nord, déguster un succulent steak frites. Puis le reste de la journée se déroula dans la gaieté et le soir tout le monde chantait sur le chemin du retour. Je m’approchais de Stéphane et lui demandais comment se déroulaient les études de son frère. - Bien, merci. Bertrand est un garçon très courageux et très reconnaissant de ce que tout le monde fait pour lui. Mais ça n’a pas toujours été facile, surtout après la mort de notre mère. Il a fallu qu’il s’organise tant bien que mal surtout pendant les périodes où je suis parti plusieurs jours. Mais maintenant il va mieux. - Et vous, n’avez-vous pas souffert du vide qu’a laissé le départ de vos parents ? N’avez-vous aucune femme pour vous seconder, être à vos côtés ? - Non je suis seul et oui, j’ai beaucoup souffert, mais vous savez quand on a charge d’âme les obligations prennent le pas sur la tristesse. Non pas que je n’y pense pas encore souvent, mais mon travail a guéri pas mal des bleus que j’avais au cœur. - Vous êtes tellement extraordinaire. Un garçon de votre âge prendre en charge un jeune parent au détriment de sa vie personnelle, c’est beau et généreux. Mais pourquoi aucune femme dans votre vie, à deux les épreuves semblent moins lourdes à porter. - Cela ne s’est jamais présenté. Mais assez parlé de moi. De toute manière nous voilà de retour. Je vous laisse ce soir, je rentre tôt à la maison, je l’ai promis à Bertrand. - Très bien. A demain et bonne nuit. Rentrée à l’hôtel le réceptionniste me remis un fax qu’il avait reçu le matin même. Il venait de France et quand je le lus, je sentis mon sang se glacer. Je montai quatre à quatre dans ma chambre, me jetai sur le lit et pleurai plus de rage que de désespoir. Après de longues minutes, enfin un peu calmée j’ai appelé la réception et après avoir bien insisté j’ai obtenu l’adresse de Stéphane. Il n’habitait qu’à quelques centaines de mètres de l’hôtel. Je partis en courant, serrant une boule de papier froissé au creux de la main. En arrivant j’avais le cœur serré et la lumière éclairant la cuisine me donna un peu de courage pour sonner à la porte. Stéphane vînt ouvrir et fut tout étonné de me trouver devant lui, les joues rougies et encore toute tremblante. Sans dire un mot, je lui donnai le morceau de papier chiffonné et il lut : « Claire, tu sais comme j’ai horreur de te faire du mal. Malgré moi je t’aime encore un peu. Mais je suis tombé amoureux fou de Cybille et ce qui, au début, n’était qu’une simple aventure s’est transformé en véritable amour réciproque. Donc nous avons décidé de nous marier. Je ne voulais pas que tu découvres tout en rentrant. J’ai débarrassé mes affaires de l’appartement. Il est à mon nom mais tu pourras le garder quelques mois encore, le temps pour toi d’en trouver un plus petit. Ensuite ma femme et moi viendrons nous installer dedans. Je t’en prie, ne me juge pas, il vaut mieux pour nous deux que nous nous soyons séparés avant de passer devant Monsieur le Maire. Cela aurait été vraiment une affreuse bêtise. Un conseil, essaie de m’oublier. J’espère que ton voyage s’est bien passé. Je te souhaite bonne chance. Je t’embrasse. Jacques. P.S. Cybille attend un bébé pour le mois de novembre. - Quel mufle ! lança Stéphane. Même pas avoir le courage d’attendre et de tout vous expliquer en face. Enfin, vous voilà fixée sur ses intentions et vous savez à quoi vous en tenir. Voyant que je m’étais remise à pleurer il me serra très fort dans ses bras et instinctivement nos lèvres se joignirent. Un baiser tendre et passionné, reflétant l’attachement qui s’était installé entre nous depuis une semaine. Un véritable coup de foudre nous avait submergés, mais il avait fallu une lettre de rupture de mon fiancé pour que nous en prenions conscience. - Stéphane, dit une petite voix dans une pièce à côté, peux-tu venir m’aider s’il te plait, je n’arrive pas à rejoindre mon lit ? - J’arrive Bertrand. Excusez-moi Claire, je reviens dans une minute. Revenant d’un coup sur terre, je le vis s’éloigner vers l’autre pièce. J’étais encore très troublée par le baiser qu’il m’avait donné. Je le suivais sans bien savoir pourquoi et ce que je vis me sidéra. Stéphane essayait de mettre son frère au lit, celui-ci étant tombé sur le tapis de la chambre. Sans faire de bruit je les regardais ne sachant ce que je devais faire, mais quand je décidai de les aider ils furent tout à la fois étonnés et contents de me trouver là. Quand son frère fut endormi Stéphane m’expliqua tout. - Bertrand était dans la voiture lors de l’accident qui coûta la vie à nos parents. Il resta de longues semaines dans le coma. A son réveil, il était paralysé des jambes. Le cerveau n’a pas été endommagé, Dieu merci, mais il est obligé d’aller dans une institution spécialisée, à la semaine, poursuivre ses études. Je ne peux ni ne veux le laisser seul, vous comprenez maintenant pourquoi je ne suis pas encore marié. J’ai eu plusieurs occasions, mais aucune femme ne voulait s’encombrer d’un infirme. Il avait les yeux pleins de larmes en terminant son triste récit. Je le pris dans mes bras et le berçais comme on berce un enfant qui a un gros chagrin. - Il ne faut plus prendre tout sur vos seules épaules Stéphane, vous devez vous faire aider. Vous méritez de vivre un peu pour vous. - Qui pourrait me donner un coup de main, je n’ai plus que lui comme famille. Mais vous avez raison, si j’étais marié ce serait moins lourd à porter. - Enfin une bonne parole. Regardez autour de vous, il y a forcément quelqu’un prêt à vous aider. Réfléchissez. Sur ce, bonne nuit et merci car grâce à vous, ce soir, j’ai compris que le drame que je vivais n’était rien à côté de la douleur physique et morale de certain. A demain. C’est notre avant dernier jour et j’aimerais le passer en votre compagnie. - D’accord et merci. A demain. Bonne nuit. Et la nuit fut bonne. Je réalisai enfin que Jacques avait très bien fait de décider de notre avenir tout seul. J’étais vraiment amoureuse de Stéphane et j’avais pris ma décision : s’il voulait de moi je resterais avec lui. Et voilà le jour du départ est arrivé. C’est à regrets que nous quittons cette île paradisiaque. J’avais revu Stéphane, nous nous étions embrassés bien souvent, mais aucune promesse de sa part. Il nous avait quittés de bonne heure le matin même, car un autre groupe arrivait, qu’il devait prendre en charge. Tout ce qu’il me restait à faire c’était de reprendre mon travail à Paris, de me chercher un nouvel appartement et peut-être un nouvel amant. Mais plus jamais je ne tomberais amoureuse. Mon cœur je le laissais ici à des milliers de kilomètres de chez moi. A l’aéroport, les bagages enregistrés, j’errais comme une âme en peine dans la salle d’attente quand j’entendis mon prénom. Je crus à un mirage en le voyant courir vers moi. - Claire ne part pas, me dit-il me prenant dans ses bras, je t’aime, j’ai besoin de toi. Bertrand aussi, si tu veux bien. Tu as fait bonne impression sur lui et je crois qu’il t’aime déjà. - Stéphane que je suis heureuse, moi aussi je t’aime. Je pars mettre mes affaires en ordre à Paris et je reviens le plus tôt possible. Dis à ton frère que je serai contente de le revoir et de pouvoir m’occuper de lui. Quel bonheur que tu aies compris que la personne prête à t’aider auprès de Bertrand c’était moi. - Dès ton retour nous nous marierons. Tu pourras même ouvrir un salon de coiffure à Ste Clotilde. Il me prit dans ses bras et me serra à m’étouffer. Je pleurais et riais à la fois. Nous nous embrassâmes accompagnés des rires et des applaudissements de nos amis que nous nous promîmes d’inviter à la noce. Intérieurement je remerciais Jacques pour son infidélité. C’était un peu grâce à elle si j’étais heureuse aujourd’hui. FIN |